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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 21:01

Rien de pro, que des bricolages, mais de l'envie et du temps à tuer.

 

Bienvenue sur ce blog, en espérant que vous ne vous en lasserez pas !

 

 

Petite Lisa

 

Petite Lisa t'es née

D'une idée

Puis mes notes et mes mots

T'on créée

On voudrait que les pierres ne tombent

Sur nos foyers

On part à la recherche d'un monde

Où s'évader

 

Petite Lisa tu vis

D'un ennui

Mais t'es venue dans ma vie

Je l'oublie

On voudrait s'inventer des histoires

Pour oublier

Q'une vie parfois peut-être noire

Que la mort est

 

Un ami vien dans notre vie

Un ami, et l'on sourit

 

Petite Lisa tu dis

Mes silences

Je ne les ai pas choisis

A l'avance

On voudrait que les dieux nous apportent

Toutes les clés

Celles qui nous ouvriront les portes

Des grands secrets

 

Un ami vient dans notre vie

Un ami, et l'on sourit

 

Petite Lisa j'essaie

De créer

Et quand je suis satisfait

Je suis gai

On devrait retourner en enfance

Se rappeler

Que l'on a vécu dans l'insouciance

Ce que c'était

      

Texte et musique protégés

Par Roman Littleson - Publié dans : Musique et paroles
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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 17:52

 

 

Pierre allait à toute allure sur le chemin du Domaine de Frousseroy, demandant à son cheval qui avait à peine eu le temps de récupérer au village, de fournir d'ultimes efforts.

Il pénétra dans la forêt où pour la première fois il avait rencontré Jeanne. Lumineux et peu dense l'endroit avait été à pleusieurs reprise le théâtre de leurs amours interdites. Riche en gibier c'était le terrain de chasse favori du Baron, père de Jeanne, et les villageois aimaient y passer de leur temps libre.

Le chemin longeait un ruisseau dans lequel brillait le ciel. Seul un pont de branchage permettait de le traverser très en amont et c'était l'unique passage pour se rendre chez le Baron.

Pierre ne se rendit même pas compte que sa monture, habituée au trajet venait de le franchir. Il essayait de comprendre ce qui avait pu pousser sa bien aimée à agir de la sorte. Cela ne lui ressemblait pas de partir du jour au lendemain sans aucune explication. Elle avait été suffisamment bien éduquée pour se comporter de manière plus courtoise. Aussi dans sa dernière lettre elle avait fait part à son époux de son ardent désir de le revoir. Il était parti depuis plusieurs mois et elle n'en pouvais plus de l'attendre. Autre chose étrange, elle était retourné vivre chez ses parents avec qui elle avait eu des différents ces derniers temps. A moins qu'une tragique nouvelle ne l'eût contrainte à rentrer en urgence à Frousseroy ? Un membre de la famille malade ? Décédé ? Mais dans ce cas pourquoi ne pas en avoir informé son beau père chez qui elle vivait ? Non. Pierre en était certain, il se passait quelque chose d'anormal et il allait bientôt pouvoir tirer les choses au clair.

Ce fut alors la seconde fois que le jeune homme passa le portail du domaine. La première, à la mi-nuit, il avait été en compagnie d'un prêtre qui l'avait secrètement uni à la jeune femme dans le petit temple familial. Retranché entre la forêt et le pied d'un plateau rocheux, l'endroit l'inquiétait moins en ce jour. Les trois bâtiments qui composaient les lieux lui avaient semblé comme de gigantesques monstres ombrageuxdevant les pâles rayons de la lune. Là ils resplendissaient de lumière. Au milieu, une cour que les allées traversaient en formant une croix. A leur intersection l'on puisait l'eau. A l'est, le temple ; à l'ouest, les écuries, les granges et les quartiers des domestiques à l'extrémité la plus proche du bâtiment principal. De l'autre côté se trouvaient la basse cour et la porcherie. Elles étaient invisibles depuis l'entrée du domaine mais Jeanne lui avait si souvent décrit les lieux avec précision que Pierre les connaissait par coeur.

Il remonta l'allée principale sous les regards méfiants du palefrenier et d'une servante qui transportait du linge dans une brouette. Arrivé au niveau de la demeure, il descendit de son cheval et s'avança vers l'entrée. Il fut accueilli par un grand homme massif au regard sévère et à la moustache bien aiguisée, qui se tenait droit, les bras croisés en haut du petit escalier. Le Baron de Frousseroy !

- Tu n'es pas le bienvenu ici ! lâcha l'homme.

Pierre ne tint pas compte de l'accueil qui lui était réservé. Sans céder à la sensation d'écrasement, il défia son beau père :

-Où est Jeanne ?

-Elle ne veut plus te voir ! Va t'en !

-Si cela est bel et bien le cas, qu'elle vienne me le dire elle-même !

-Ma fille s'est enfin rendu compte que tu l'avais déshonnorée ainsi que sa famille. Elle ne veut plus te voir !

Le Baron avait pesé chaque syllabe de sa dernière phrase. Mais cela n'empêcha pas Pierre d'insister.

-J'exige de voir ma femme ! pesa-t-il à son tour.

Il tenait là un argument de poids. A partir de l'instant où une femme se mariait, elle appartenait à son époux. Bien qu'il n'avait jamais considéré Jeanne comme un bien, Pierre comptait faire valoir ses droits. Rien ni personne ne pouvait s'y opposer. Mais contre toute attente, au lieu de céder son beau père esquissa un petit sourire nerveaux entre ses lèvres serrée :

-N'as-tu point brisé ton serment lors de ton dernier voyage à l'étranger, en te laissant offrir les serventes de tes hôtes durant tes nuits ?

Pierre tomba des nues. D'où le barron tenait-il d'aussi mensongers propos ?

-Jeanne est rentrée hier, pleine de pleurs, narra le Baron dans un ton faussement tragique. Elle s'est rendue ensuite au temple, là même où elle avait cru épouser l'homme de sa vie, et elle y a enterré son alliance, sous l'oeil du prêtre et du Tout Puissant.

Il reprit un air plus dur en pointant du doigt la sortie de son territoire :

-Elle n'est donc plus ton épouse et ne veut plus te voir ! Maintenant déguerpis !

Pierre avait du mal à croire ce qu'il venait d'entendre. Le Baron mentait-il ? Ou bien Jeanne avait-elle réellement eu vent de telles rumeurs ? Mais dans ce cas, qui ? Pourquoi ? Et comment aurait-elle pu y croire ?

En haut de l'escalier le Baron n'avait pas bougé d'un centimètre. Aucun des coups portés par ce gringalet ne l'avait ébranlé. Il semblait aussi robuste que la roche qui servait de décor à sa propriété et Pierre était épuisé de n'avoir que frappé dans le vide. Mais alors que la victoire semblait acquise au beau père, il changea de stratégie :

-Puisqu'il en est ainsi, laissez-moi voir mon fils ! Vous ne pouvez pas m'en empêcher !

Cette fois-ci, la muraille se mit à trembler. Destabilisé, le Baron avait à présent du mal à s'imposer face à ce jeune chien arrogant qui avait sali son nom, sa famille et qui par dessus le marché l'humiliait devant ses domestiques, témoins de la scène.

-Entendu, céda-t-il à contrecoeur. Tu l'auras pour l'après-midi. A la seule condition que tu ne reviennes plus jamais importuner les miens. Sinon, tu le paieras cher.

-Je n'ai que faire de vos menaces ! Amenez-le-moi !

Le Baron disparut quelques instant à l'intérieur du bâtiment et revint, portant dans ses bras le bébé de quelques semaines enveloppé dans des draps de soie d'une extraordinaire qualité. Crispé, il le tendit à son père qui découvrait pour la première fois la bouille de son fils. Quelques cheveux clairs étaient déjà poussés sur sa petite tête. Il dormait tranquillement.

-Nous allons enfin pouvoir faire connaissance toi et moi, lui murmura-t-il.

Et tournant le dos au Baron qui venait de lui donner le nécessaire pour s'occuper de l'enfant, il enfourcha son cheval et partit en direction de la forêt, le petit sur ses genoux.

 

 

*

*    *

 

Par Roman Littleson - Publié dans : Roman : premier essai
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Vendredi 18 novembre 2011 5 18 /11 /Nov /2011 12:09

J'avais entendu à la radio qu'un rassemblement aurait lieu cet après midi à trois heures devant l'hôtel de ville. J'étais sûr et certain qu'il allait y être et je devais m'y rendre car il fallait absolument que je le revoie ! D'abord, il me manquait. Ensuite, puisqu'il ne voulait pas s'expliquer ni par mail, ni par téléphone, il fallait employer les grands moyens ! Je sortis de mon studio et je me dirigeai vers l'arrêt de bus. Il serait là dans environs trois minutes. Et quel temps de chien ! Il fallait vraiment être motivé pour attendre un bus sous la pluie !

Cette histoire avec lui, avait été la plus belle, mais aujourd'hui elle était celle qui me faisait le plus de mal. Tout ce bonheur vécu (en si peu de temps) qui avait disparu du jour au lendemain, une chutte du cinquième étage, brève et mortelle ! Mais là n'était plus la question. Il me devait des explications, et j'allais les obtenir, coûte que coûte, et le meilleur moyen était d'aller le voir, le regarder droit dans les yeux et ne pas céder ! Pas chez lui, non ! Je serais accusé de harcèlement, une fois de plus ! Il est vrai que j'avais débordé : je lui avais posé mille et une questions, exprimant ma frustration et mon incompréhension. Mais n'était-ce pas une autre forme de harcèlement que de répondre à ces mille et une questions par le silence ? Du moins, cela ne le provoquait-il pas ? Car moins il me répondait, plus j'avais de questions, et moins il me parlait, plus j'avais de choses à lui dire ! N'aurait-ce pas été plus simple et plus courtois de discuter, tout simplement, en prenant chacun ses responsabilités ? Non, il avait choisi cette issue-là – mon bus arriva, je montai à bord, « Bonjour ! », et je m'assis –, le silence !

Et c'était ce silence que je voulais comprendre. Un silence cruel, synonyme d'indifférence, l'impression ne n'être plus rien, une poussière que l'on essuie d'un coup de chiffon. Poussière peut-être, mais poussière bien vivante pourtant, et je n'allais pas le laisser me réduire à néant. Oh non !

C'était facile de répondre à un mail en m'accablant de défauts, m'accusant de telle ou telle erreur, tout en se faisant passer pour un saint. Et moi comme un idiot, mais un idiot amoureux, j'avais marché, les deux pieds dedans ! En effet j'avais reconnu mes erreurs, et (sous l'émotion de ses réponses, peut-être) j'avais oublié les siennes, mais plus tard, avec le recul – « P*****...!! », le bus venait de freiner brusquement – je m'étais rendu compte de son petit jeu. Monsieur avait juste pensé à laisser de lui une belle image, celle d'un enfant sage ! Monsieur avait été incapable de reconnaître le moindre de ses défauts, Monsieur était un lâche, un égoïste ! Il avait lu et compris dans mes mails uniquement ce qui l'avait arrangé : des prétextes de plus pour " m'essuyer " ! Et ce que je ressentais, c'était des conneries ! Mes sentiments étaient faux ! Oui, mes sentiments étaient faux ! Il fallait vraiment être sans coeur pour répondre des choses pareilles !

Quant à mes mails, ils avaient été des appels au dialogue, à une discussion calme et sans tabou, prêt à assumer mes erreurs et pardonner les siennes (et l'invitant à faire de même ). Je n'avais souhaité qu'une chose, nettoyer ce que lui-même appelait du gâchis. Mais visiblement, ce gâchis ne semblait pas faire grosse tâche dans sa vie. A chaque porte que j'avais tenté d'ouvrir (et Dieu sait que j'en avais employées des méthodes !), elle m'était violemment revenue en pleine face ! Monsieur avait répondu aux mails en mettant un terme aux " conversations ", Monsieur n'avait pas voulu perdre son temps !

Quelqu'un qui était incapable d'accepter le dialogue, vallait-il la peine que l'on se prenât la tête pour lui ? La réponse était évidente, non ! Pourtant, je persistais, je l'aimais toujours... un peu.

Que le temps devenait long ! Le bus était toujours arrêté ! Il était visiblement en panne, le chauffeur y regardait. Combien de temps cela allait-il durer ? Je n'étais plus très loin de l'hôtel de ville, il aurait pu attendre quelques minutes pour tomber en panne, tout de même ! De plus j'étais déjà suffisemment stressé et d'attendre là, près du but, m'angoissait encore plus. Et me vint une autre angoisse : qu'allais-je faire une fois que j'allais me retrouver face à lui ? Rester planté comme un piquet pendant un quart d'heure alors qu'il m'aurait à peine regardé ? Lui adresser la parole et me prendre une si vaste veste que je me perdrais dedans ? Retenter de l'interpeler et lui de m'ignorer ? Tomber dans les pommes sur les pavés, me réveiller tout mouillé en sachant qu'une fois encore il aurait été indifférent, et au mieux il se serait assuré qu'il ne m'était rien arrivé de grave (même pas en rêve !) ? ... Mieux vallait ne pas y penser.

Mais là me vint un autre doute : cela servait-il à quelque chose que j'aille devant l'hôtel de ville pour revoir cette personne qui me méprisait ? Et devant tout ce monde de quoi allais-je avoir l'air ? En plus j'allais probablement le mettre mal à l'aise au milieu de la foule, ce qui n'arrangerait rien ! J'étais conscient que j'étais prêt à faire une nouvelle gaffe. J'étais un masochiste suicidaire.

 

«Il va falloir que vous descendiez du bus, le prochain arrêt est en face à une trentaine de mètres, le suivant va arriver d'ici cinq minutes. Je vous prie de bien vouloir m'excuser. »

Décidément l'après-midi commençait mal ! Et cette pluie qui ne cessait pas, quelle plaie ! Je me demandais ce qui pouvait bien pousser les gens à sortir par un temps pareil et sans parapluie ! Encore moi, j'avais une raison ! Mais eux !? Cela avait tendance à m'énerver aussi. « M**** ! » C'était le cas de le dire. Il paraît que ça porte bonheur du pied gauche, c'était déjà ça de gagné, mais sur ce trottoir tout mouillé j'avais bien failli me retrouver le derrière dedans, ce qui aurait été plutôt embêtant ne sachant pas de quel côté cela m'aurait porté bonheur. Je me disais que c'était probablement un signe. Il faut bien rêver pour vivre ! Rêver c'est déjà ça, c'est déjà ça...

J'atteignis l'arrêt de bus. Là il possédait un abri, génial ! Je m'appuyai le long de la paroi... du côté extérieur. Tout un bus ne rentrait pas sous un abribus ! Vraiment pas malin le concepteur ! Et le bus s'enrhume, le bus tombe malade, le bus meurt, et les familles portent plainte contre le maire du village ! Je m'énervais de plus en plus et critiquais tout, tout, tout et tout ! Le type qui klaxonnais le feu rouge, la femme qui partageait avec nous sa conversation téléphonique (« ... ah mais tu comprends c'est qu'il va falloir que je me change ! », « Change d'abord de tête ça sera une bonne chose », pensais-je. « Hystérique! »), le type qui se goudronnait les poumons et qui ne se gênait pas pour m'enfumer... Bref ! J'avais envie de taper quelque chose ! Il fallait que je tape quelque chose ! Et puis non j'allais me casser la main, c'est tout ce que j'allais gagner !

« Marcia danse un peu chinois !!! » « !!?? ». Quelques personnes levèrent la tête. Voilà, j'allais chanter ! « La châleuheur dans les mouv'ments d'épauhaules !!... » Les gens autour de moi me regardaient à présent d'un oeil suspicieux. « A plat comme un hiéroglyphe inca... de l'opéra !! » A présent je voyais des gens qui se regardaient entre eux en se tournant l'index sur la tempe. Mais qu'est-ce qui les dérangeait ? La vie était belle ! Le ciel était rose, il pleuvait du bonheur ! Nous allions tous être malades ! Mais ce ne serait pas grave, nous serions tous ravis de dire bonjour à notre médecin que nous n'avions pas vu depuis dix ans ! Et nous l'embrasserions très fort pour le remercier de nous avoir tant de fois sauvé la vie ! Oui nous embrasserions notre médecin pour le remercier, jusqu'à l'étouffer pour de vrai !

La vie était belle, alors qu'est-ce qui pouvait bien les déranger dans ce que je chantais ? Bon il est vrai que cette chanson, bien que subtile était écrite d'une manière plutôt tordue. Mais elle était connue cette chanson ! Ou bien était-ce mon déhanché hiéroglyphique "opératé" qui les inquiétait ?

« C'est elle, la sauterelle !... », et je sautais, je sautais, je courais, je dansais, je chantais et je me retrouvai par terre, les deux fesses dans la m... non c'était une flaque d'eau ! J'avais eu chaud ! De plus, mouillé comme je l'étais déjà et mouillés comme nous étions tous, cela passerait inaperçu. Par contre ma chute n'était pas passée inaperçue et j'eus le mérite d'avoir fait rire les gens, des gens eux aussi stressés par le temps ou par la panne du bus. Et pour me relever digne de ma bêtise, je m'inclinai comme si je venais d'accomplir un numéro de cirque, ici spécialité clown. Les gens applaudirent tout en riant encore, quelqu'un me jeta une pièce de 5 cents pour pousser la plaisanterie jusqu'au bout. « Merci de votre générosité, Monsieur, je vais pouvoir m'acheter un pantalon sec ! » On riait encore.

Mon bus arriva. Le même bus qui était tombé en panne une demi-heure plus tôt ! Et le suivant qui aurait dû arriver cinq minutes après ? Et bien il était coincé, mon bus en panne ayant bloqué une circulation déjà bien chargée ! A 14h50, des bouchons ? Oui aujourd'hui ils étaient pressés, comme les oranges ! Et les oranges pressées ça donne du bon jus ! Et les bouchon pressés ? Ca ne donne du jus qu'une fois qu'on l'a fait sauter ! Et quel jus ! J'avais l'impression d'en avoir bu des litres à en vomir de la bonne humeur ! Et visiblement c'était contagieux, le bus entier était gai !

Une bonne humeur que je tardai pas à quitter. Le bus me déposa à l'angle de la rue piétonne et mon coeur se resserra. Je me rappelai soudainement pourquoi j'étais venu jusqu'ici et je pris ma décision : je ne l'aborderais pas. S'il me voyait, peu importe qu'il vînt me parler ou non; si je le voyais, je serais heureux de voir qu'il fût en vie; si nos regards se croisaient, se passerait ce qui devrait se passer ! Après quelques mètres de marche, je me retrouvai sur la place.

Le bus me déposa à côté du restaurant, au bout de ma rue. J'avais passé une excellente après-midi, cependant je n'avais pas vu celui que j'étais venu chercher. Peut-être avait-il été là pourtant, au milieu de la foule; peut-être même l'avais-je frolé. J'en étais certain. Mais il y avait eu tellement de monde autour de lui...

Par Roman Littleson - Publié dans : Nouvelles : communiqués
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Vendredi 18 novembre 2011 5 18 /11 /Nov /2011 23:14

 

La fin de l'après-midi approchait et tout allait bien. Interrogateur, Pierre-Jean regardait de ses yeux bleus l'homme était avec lui. Il ne connaissait ni son odeur, ni sa voix mais il se sentait bien avec lui. Ses mots étaient doux et le parfum des fleurs de la clairière le rassuraient. Celui-là il le connaissait, il embaumait chaque jour ses langes et son berceau. L'homme lui souriait, lui parlait tendrement et lorsque son ventre s'était mis à crier il lui avait donné le biberon. Pierre-Jean s'était senti mieux et il avait fini par se rendormir.

Il était à présent et en ce lieu la seule raison de l'existance de Pierre. Le jeune homme avait tenu à se rendre en cet endroit malgré son chagrin car c'était là qu'il avait rencontré Jeanne la première fois. Et comme il piétinait ses fleurs favorites elle était devenue folle de rage et l'avait traité de monstre, de sauvage et l'avait sommé de partir. Mais au lieu de cela il était resté, charmé par la beauté de la jeune femme et ils avaient fini par tomber amoureux l'un de l'autre.

Ici ils s'étaient revus autant que possible dans l'ignorance des parents de Jeanne. Pierre lui faisait le récit de ses voyages à l'étranger. Et comme certains d'entre eux avaient été périlleux et qu'elle se fût souvent effrayée, et qu'il aimait la voir s'inquiéter pour sa vie, il n'hésiatait pas à inventer des détails, voire des histoires entières afin de l'impressionner.

Elle, aimait faire de la poésie. Dans les premiers temps elle s'était contentée de réciter les textes qu'elle avait appris auprès de son précepteur. Puis elle s'était mise à improviser, s'inspirant des éléments qui les entouraient tous les deux. Il arrivait que ses séries de vers fussent sans fin et se perdissent sous les baisers de son amant qui aimait l'écouter, attendri par ses maladresses qui lui donnaient encore plus de charme. C'était sa façon à elle de s'évader de la terre de ses parents qu'elle n'avait encore jamais quittée.

Mais en ce jour les souvenirs étaient douloureux. Pierre avait emmené son fils à cet endroit car c'était ici qu'il avait été conçu lors de la première nuit de mariage des jeunes amoureux, qui s'étaient donnés l'un à l'autre pour la première et dernière fois. C'était ici que tout avait commencé et ce serait ici que tout se terminerait. Pierre déchirerait le tapis de fleurs violettes et repartirait chez lui avec Pierre-Jean. Jeanne était la cause de son malheur, alors il lui briserait le coeur à son tour.

Lorsqu'il se leva pour préparer son cheval, la petite tête blonde se réveilla et se mit à pleurer. Son père tenta de le calmer. Il lui tendit le biberon et regarda si ses langes étaient souillées. Mais rien n'y fit. Le petit être avait le visage déformé par les cris, si puissants que l'on crut qu'il allait s'arracher les entrailles. Craignant qu'il ne fût malade Pierre se mit en selle sans tarder et chevaucha en direction du village où il irait voir un docteur.

Mais à peine eut-il traversé les branchages qui servaient d'unique passage pour franchir le ruisseau, qu'il entendit au loin comme des échos aux cris de Pierre-Jean. Il s'arrêta et tendit l'oreille alentours. Difficile d'en déterminer l'origine. Il y avait des cris d'hommes et de femmes. Puis à force de concentration il en fut convaincu : il se passait quelque chose au domaine de Frousseroy. Mais cela le concernait-il à présent ? Pourtant l'inquiétude le gagna. Il lui semblait qu'autour de lui la forêt s'agitait. Des groupes d'oiseaux prenaient la fuite. Il sentait les fourrés vibrer des autres habitants qui faisaient de même. Puis une odeur lui piqua les narines. Il leva les yeux et vit le panache qui émanait depuis chez le Baron. Sans hésiter il fit demi-tour et retraversa le pont de branches à toute allure.

Plus il s'approchait du domaine, plus les cris s'intensifiaient. Il devina que l'on croisait le fer également. Ce qui se passait là-bas devait être d'une violence rare.

Plus il s'approchait, plus la fumée s'épaississait, devenait irrespirable et brûlait les yeux. Pierre-Jean qui pleurait toujours se mettait maintenant à tousser. Il l'abrita tant bien que mal à l'aide son manteau de voyage. Lui-même dut se couvrir la bouche et le nez. Il sentait son cheval avoir de la peine lui aussi. Enfin, lorsqu'il atteignitl'entrée il vit le temple et l'autre annexe se consummer en d'immenses brasiers. La fumée envahissait les lieux et empêchait de voir ce qui se passait à l'autre bout de la cour.

Le premier cadavre que Pierre découvrit était celui du prêtre transpercé à la poitrine. Plus loin gisait celui du palefrenier à qui l'on avait fendu le crâne. Pierre se demandait quelle serait la prochaine surprise à laquelle il ferait face. Les cris étaient toujours là et comme il avançait, des silhouettes commencèrent à se former sur l'écran de fumée, comme des ombres chinoises. Il y avait plusieurs cavaliers disposés en cercle. Au milieu d'eux un corps s'effondra à côté d'une masse imposante déjà tombée. Le Baron et la Baronne n'étaient plus et Jeanne, seule survivante hurlait d'effroi, couvrant sans le vouloir à ses agresseurs les cris de son fils qui continuait de pleurer. La jeune femme les suppliait, implorait leur clémence, désespérée. Pierre ne comprenaient rien à ce qu'ils se disaient mais les mouvements à eux seuls lui suffisaient pour savoir que l'un des cavaliers lançait un ultimatum à Jeanne. Il la vit secouer négativement la tête, tout en lâchant des paroles incompréhensibles au milieu de ses pleurs et de sa détresse. Alors un autre cavalier leva le bras dans une lenteur insoutenable. Puis il le fit retomber d'un coup.

Pierre, témoin impuissant de cette scène était tétanisé. A présent seul le crépitement des flammes, mêlé aux cris du bébé se faisaient entendre. Le silence était revenu dès que l'épée du bourreau avait fait sauter la tête de Jeanne hors de son corps. A l'arrière les gigantesques flammes consummaient le domaine de Frousseroy et leurs teintes rouges orangées coloraient la falaise, décor majestueux de ce théâtre infernal.

Cependant Pierre dut se resaisir très vite car sa présence venait d'être remarquée et une course folle commença.

Il repartit dans la forêt tenant d'une main les rennes, de l'autres un mouchoir tout en protégeant son fils au mieux et en frappant avec force les flancs de son cheval avec ses talons. La pauvre bête n'en pouvait plus. Sa langue pendait et sa respiration ressemblait de plus en plus à de puissants râles. Aveugle, elle suivait inconsciemment les directives de son maître. Quant à Pierre-Jean, il toussait de plus en plus. Il fallait quitter la fournaise au plus vite si l'on voulait s'en sortir.

Mais en continuant sur le sentier Pierre serait à la vue de ses poursuivants dont il entendait les voix pleines d'excitation se rapprocher de lui. Il décida alors de les semer dans la forêt et il profita d'être hors de leur vue après un tournant pour s'engouffrer dans les fourrés. Ils n'étaient certes pas très épais mais il fallait tenter le tout pour le tout. Il s'arrêta quelques mètres plus loin le temps que le hommes fussent passés et il prit le temps de se poser des questions : qui étaient-ils ? Pourquoi avaient-ils détruit le domaine et exterminé ses habitants ? Avaient-ils quelque chose à voir avec l'étrange comportement de Jeanne de ces ces derniers temps ?

Le silence l'interpela. Les hommes étaient passés et il semblait pour le moment en sécurité. Mais il y avait quelque chose d'anormal dans ce silence. Quelque chose d'inhabituel. La forêt était morte. Aucun chant d'oiseau, aucun bruissement de feuille dans le vent. C'était trop silencieux... Puis il se rendit compte. Pierre-Jean ne pleurait plus. La panique le gagna et il vit son visage rouge, couvert de particules de cendres. Ses larmes étaient cristalisées au coin de ses yeux. Pourtant il respirait et semblait dormir paisiblement. Mais cela ne rassurait pas pour autant son père. Il devait absolument trouver le moyen de retourner au village. Il fallait faire vite car les autres ne tarderaient pas à se rendre compte qu'ils s'étaient fait avoir.

Donc il se risqua à rejoindre le plus discrètement possible le sentier. Ensuite il devrait le traverser et chercher un raccourci pour regagner le pont de branchages en espérant qu'il ne s'y ferait pas cueillir. Mais à peine fut-il à découvert qu'un son de corne retentit. L'un des cavaliers, se doutant de la supercherie était resté en retrait pour faire le guet. Les autres alertés, Pierre se remit au galop en suivant le chemin en sens inverse. Il fit rapidement face à un mur de flammes qui se propageait à grande vitesse et comme ses poursuivants ne l'avaient pas encore rattrapé, il plongea à nouveau dans les fourrés. Couché sur son cheval, protégeant le petit, les branches basses le fouettaient de toute part. Il sentit sa monture subir un choc et il reçut du sang chaud de l'animal sur lui. D'abord chancelant, celui-ci trouva néanmoins la force de progresser encore.

Jusqu'à ce que le parfum de la clairière envahît les poumons de Pierre. L'endroit était épargné par la fumée de l'incendie et la pleine lune dominait le ciel et ses miliers d'étoiles. Là la monture s'effondra au milieu du tapis de fleurs. Pierre se mit en boule pour protéger son fils et roula à terre. Rien n'indiquait la présence des cavaliers. Ils semblaient loin et le jeune homme osa croire un instant à son salut. Mais il se rappela. C'était ici que tout avait commencé. Ce serait donc ici que tout se terminerait. Alors ils surgirent de tous les côtés, sans un bruit, glissant sur les fleurs comme des fantômes, et très vite ils l'encerclèrent. Il repensa à Jeanne. Il ne lui en voulait plus. Il savait qu'elle avait été victime d'une quelconque machination et à moins d'un miracle, jamais il ne saurait de quoi il s'agissait et jamais il ne pourrait la venger. Il regarda avec tristesse Pierre-Jean qui s'était remis à pleurer. Ces barbares sans pitié allaient le tuer avec lui ! Il inspirait fort pour s'impregner entièrement de cette odeur qu'il aimait tant. Celle des moments heureux. Ainsi, pensait-il, sa mort serait plus douce.

Les autres étaient silencieux mais leur excitation à son comble se ressentait. Tous étaient vêtus de noir, masqués de noir et montés sur des chevaux noirs, telles des créatures de l'au-delà. Puis l'un d'eux recommença le rituel, levant lentement la main devant le disque lunaire. Au même moment une intense lueur bleue émana des langes de l'enfant.

Pierre sentit la vie qui le quittait au moment où le couperet était retombé. Il pu entendre avant de rendre son dernier souffle comme un cri de rage lointain. La lumière bleue s'était évanouïe et il ne sentait plus Pierre-Jean qu'il devait serrer dans ses bras.

Le bébé avait disparu.

Par Roman Littleson - Publié dans : Roman : premier essai
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 14:05

 

 

 

Au large l'immense soleil orangé passait sous la ligne d'horizon et ses rayons couchants peignaient les façades des monuments, faisant ressurgir le glorieux passé de Principale. Fondée plus de vingt siècles plus tôt par des colons originaires du Vieux Continent au sommet d'une haute falaise qui s'avançait en une longue et fine pointe dans l'océan, elle ne cessait de surprendre chaque personne qui la découvrait pour la première fois.

Même après avoir passé plusieurs semaines à arpenter ses rues, Flavien restait stupéfait par leurs architectures dont les mises en scène au fil des siècles avaient été conçues pour rappeler à chacun la grandeur de celle que l'on avait fini par surnommer la « Superbe Ville ». Située à l'extrême sud du Nouveau Continent, elle était au centre du monde antique et de ses routes commerciales et très vite elle sut tirer profit de cette position. Son petit port de pêche aménagé au pied de la Falaise Ouest se développa et devint le plus important port marchand de l'époque et pendant plusieurs siècles.

Flavien avait entendu dire que la ville avait également été une puissance militaire inégalable. D'abord de par sa position en hauteur, il était difficile de l'attaquer par la mer. Et lorsque l'ont flanait le long de l'Avenue de la Falaise, il était aisé de se mettre à côté d'un des vieux canons fièrements dressés vers l'océan, de fermer les yeux et d'imaginer en contrebas toute une flotte ennemie, repérée de loin, couler, impuissante. Et quand bien même la prise du port eût été une réussite, monter l'escalier qui donnait accès au coeur de la cité était une autre affaire. Côté terrestre, l'unique accès était bloqué par un épais et haut rempart, rendant la ville quasiment imprenable, et mieux vallait être en bons termes avec ses dirigeants si l'on voulait voir ses affaires fleurir. Ou alors il fallait avoir la chance de ne pas tomber nez à nez avec l'un des navires qui sillonait les mers sous ses ordres, chargé de pirater les routes commerciales de ses ennemis.

Le jeune homme de vingt trois ans s'arrêta un instant. Il avait des cheveux blonds coupés mi-long et ondulés, des yeux bleus et une fine cicatrice sur sa joue gauche où la barbe ne poussait pas. Son visage était doux et fermé, rêveur et prudent. Il portait un large t-shirt maron clair à manches longues avec un col en V, un jean pâle troué par endroits et des chaussures en toile bleues. Pour lui Principale n'était qu'une étape. Il voyageait clandestinement depuis sa naissance en compagnie de sa mère et tous deux ne restaient jamais plus de quelques semaines au même endroit. Mais alors qu'ils étaient sur le départ, Flavien était inquiet.

Il sentait depuis quelques temps, peu avant son arrivée à Principale, une présence nouvelle qui s'accrochait à lui, comme ombre. Etait-ce uniquement le fruit de son imagination ou bien était-il réellement suivi ? Il serrait fort dans la manche de son t-shirt le couteau que lui avait un jour offert un chef nomade en guise d'admiration et de remerciement alors qu'il n'était âgé que de douze ans. Il suspectait chaque personne qu'il croisait, chaque son qu'il entendait. Souvent il faisait des détours par des endroits plus calmes et plus dégagés dans l'idée de pouvoir identifier la cause de son angoisse. Mais l'ennemi s'il existait, savait rester invisible.

Il reprit sa marche, remontant l'avenue sous les allées de tilleuls qui le jour faisaient profiter les passants de leur ombre. Suspendues entre leurs branches, des lanternes colorées commençaient à à diffuser des lumières aux tons pastels, créant un environnement paisible et accueillant pour les promeneurs du soir. Il était agréable de s'asseoir sur un banc au milieu des massifs de fleurs et de plantes diverses en serrant l'être aimé ; de s'accouder au rempart et regarder avec émerveillement la fin du coucher de soleil ; de courir dans l'air frais du soir qui venait de la mer, sans être reconnu. Les esseulés, les rêveurs et les mélancoliques aimaient venir ici se changer les idées. Des jeunes couples, des plus vieux en quête de romantisme ; des familles pour offrir un peu de féérie aux enfants. Tout ce monde se côtoyait, se croisait et l'on se retrouvait entre amis à montrer ses prouesses sur la piste de glisse où à déguster des crèpes, barbes à papa ou autres sucreries pour conclure une journée passée à se promener ou à la sortie d'une séance de cinéma.

Flavien lui, ne faisait que passer et il craignait à chaque instant que son sang ne finît par souiller cette promenade enchantée.

En face de l'Hôtel de Ville, il poussa la porte de la Taverne, l'un des lieux les plus anciens et emblématiques de Principale dont les origines remontaient à celles de la ville. Située au bout de l'escalier qui allait du pied de la falaise à son sommet, l'établissement avait eu pour mission première d'accueillir après leur dure journée de labeur les ouvriers du port, aujourd'hui inactif et dont les entrepôts creusés dans la roche avaient été transformés en musée suite au retrait de la mer quelques centaines de mètres plus loin. Assoifés et épuisés par la longue ascension le long de la paroi rocheuse, les touristes constituaient donc depuis plusieurs dizaines d'années la clientèle principale de la Taverne. Et depuis un incendie qui avait forcé sa reconstruction trois siècles plus tôt, l'endroit avait très peu changé d'aspect. A l'extérieur un toit de chaumes était soutenu par des murs aux pierres apparentes. Des chaînes étaient suspendues entre des poteaux en bois, délimitant un petit parterre de fleurs, traversé par une courte allée de cailloux blancs qui menait le futur consommateur à la porte d'entrée, suplombée d'une enseigne métalique qui avait la forme d'un récipient en bois ansé sur lequel étaient apposées les armoiries de Principale. A l'intérieur, le bois régnait du sol – vieux parquet ciré – au plafond – poutres, lustre en forme de barre de navire – en passant par la salle – tables, tabourets, chaises et banquettes, comptoir derrière lequel il y avait des étagères garnies de verres et de bouteilles aux formes et aux marques diverses et variées. Les murs exhibaient avec fierté les pierres qui les constituaient, décorés de tableaux sortis de l'imagination d'un artiste local et qui représentaient la vie de la ville, de la terre à la mer en passant par le vieux port et ses grands bateaux à voiles d'autrefois. Des petites fenêtres étaient enfoncées dans leur épaisseur, voilées de rideaux rouges et blancs à carreaux, filtrant le jour la lumière du soleil qui venait se poser sur les particules d'alcool et de fumée en suspension. Cela donnait au lieu une ambiance confinée, propice à la discrétion et aux traitements d'affaires parfois peu scrupuleuses.

La seule modification notable avait été lorsque la Taverne était devenue un point de passage touristique, l'ajout d'une terrasse en bois, accrochée à la falaise, qui offrait une vue et une sensation exceptionnelles à ceux qui y sirotaient leur boissson. Elle était recouverte d'un toit qui prolongeait celui du bâtiment et des guirlandes fixées entre les poutres l'éclairaient. L'atmosphère était complètement différente de celle de l'intérieur. Aérée, l'on y respirait l'air pur et frais du large. On y était plus décontracté, moins épié et l'on avait moins à faire attention à ce que l'on disait. Ce fut ici que Flavien rejoignit la personne avec qui il avait rendez-vous.

Il aperçut Marie dans un coin, assise à une petite table ronde au milieu de laquelle se consumait une veilleuse de cire qui diffusait des parfums d'agrumes. Blonde et allant sur sa quarantaine, les cheveux attachés en queue de cheval, les yeux verts et vêtue d'un gilet de laine marron clair, d'un pantacourt kaki et de chaussures de sport, elle agitait une paille dans son verre de limonade, en regardant, pensive, une petit garçon et une petite fille qui couraient l'un après l'autre entre les tables. Elle eut un sourire quand Flavien se fut installé en face d'elle après avoir commandé une limonade à son tour :

- J'ai l'argent, dit-elle tout bas en s'approchant de lui. Nous allons pouvoir partir comme prévu avant la fin de la semaine.

Flavien soupira. Il avait une mauvaise nouvelle à lui annoncer.

- Quoi ? s'inquiéta-t-elle.

- Le chef des nomades est mort la nuit dernière. Son fils qui a pris la succession à leur tête nous affirme qu'il est toujours d'accord pour que nous fassions le voyage avec eux. Mais il veut plus. Beaucoup plus.

- Combien ?

- Le triple de ce qui était convenu au départ...

Marie eut un petit rire nerveux :

- Quel hypocrite ! Autant qu'il rompe clairement les négociations !

- Apparemment le vieux aurait été empoisonné. Ils savent que nous voyageons illégalement. Ils craignent que nous leur apportions des ennuis.

Le serveur posa sur la table le verre de Flavien, sur lequel les armoiries de Principale étaient représentées. Il agita sa paille coudée jaune et but quelques gorgées.

- Ils savent également que nous sommes prêts à tout pour partir d'ici, dans le meilleur des cas, ils en tireraient un bon parti. D'autant plus que le fils est un vaniteux, imbu de lui-même et avide de pouvoir. Il n'aurait pas hésité à suprimer son père pour ça.

- J'ai peur que nous ne soyons pas en sécurité avec eux. Nous devrions peut-être nous diriger vers une autre caravane.

- Eh ! Je ne suis plus un enfant, ne l'oublie pas ! Je peux nous défendre tous les deux maintenant ! Aussi, entamer de nouvelles négociations prendrait du temps...

- Tu as l'air de ne pas vouloir traîner ici, je me trompe ?

Flavien attendit quelques secondes avant de répondre :

- Depuis que nous avons décidé que Principale serait notre future destination, j'ai un mauvais pressentiment. Je ne sais pas comment le décrire, ni pourquoi, mais ça m'angoisse. Et la mort du vieux, patricide ou non, on dirait un avertissement...

- Tu penses que nous sommes épiés ?

- Oui, affirma-t-il convaincu.

Ils se turent et regardèrent tout autour d'eux. Il y avait peu de monde sur la terrasse. Assis à une table à côté de la leur, un couple de jeunes retraités bien équipés pour une escapade touristique : chapeaux, sacs-à-dos, bermudas et chaussures de marche. Ils avaient déployé un plan de la ville et étalé plusieurs guides de poche. Plus loin, les parents des deux garnements durciçaient le ton alors que leur progéniture avait failli renverser le serveur qui apportait sur son plateau une dizaine de verres de boissons alcoolisées à un groupe de jeunes venus passer une partie de la soirée. A l'autre bout, dans un coin, une jeune femme d'une vingtaine d'années, cheveux noirs attachés en chignon, yeux bridés derrière de petites lunettes noires à monture carrée. C'était une une étudiante habituée des lieux que Marie et Flavien voyaient souvent lorsqu'ils se donnaient rendez-vous à la Taverne. Elle y étalait ses cours, faisait le tri dans ses notes en écoutant de la musique.

- Tu as été suivi ? demanda Marie.

- Je ne sais pas. J'en suis presque certain, mais je ne vois personne.

Marie réfléchit un instant. Flavien termina son verre.

- Retourne voir les nomades et dis-leur qu'on aura l'argent.

- Comment ?

- Je trouverai une solution.

Flavien lut dans son regard qu'elle était décidée et qu'elle y arriverait. Alors il acquiesça d'un signe de la tête.

- Allez va ! Et prends garde à toi !

- Toi aussi, Maman.

Il l'embrassa et quitta la terrasse. Marie resta encore quelques instants.

Rien ne bougea. Les retraités planifiaient toujours leur journée du lendemain. Le groupe d'amis avais recommandé à boire tandis que le petit garçon et la petite fille se partageaient tranquillement une grosse coupe de glace aux bonbons. L'étudiante n'avait pas levé les yeux de ses cours.

Par Roman Littleson - Publié dans : Roman : premier essai
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